Art congolais : une exposition de faux provoque la polémiqueRépliques de chefs d’œuvres et invention d’objets y sont proposés, le tout emballé sous un aspect sérieux. L’exposition d’art africain du centre culturel de Scharpoord (Knokke) crée la polémique.
Le monde de l’art ethnique est sous le choc. Depuis quelques jours, la Collection Congo de Joseph Schelfhout, un collectionneur amateur, attire de nombreux visiteurs. L’exposition est présentée comme sérieuse avec un catalogue richement illustré. Mais voilà, tout est faux. Des sculptures aux masques en passant par les tableaux, rien de ce qui est présenté n’est authentique.
Contacté par des marchands qui n’en croyaient pas leurs yeux, Piet Swimberghe, journaliste au Knack nous explique : « Il s’agit de répliques de pièces très connues de chefs-d’œuvre duMusée de Tervuren et du Musée für Volkerkunde de Berlin. Mais ce n’est pas tout, en plus de proposer de simples copies, l’exposition présente des objets inventés de toutes pièces », comme par exemple la boite d’ivoire Mangbetu. L’exposition présenterait même une photo d’une sculpture de style Ngata où sur un morceau d’oreille, le bois sous-jacent est visible, impliquant l’utilisation de bois oxydé. La faute à qui ? La collection Congo est une collection privée appartenant à Joseph Schelfhout. Ayant vécu longtemps au Congo, il a réunis durant des années ces objets. Malheureusement, il aurait acheté tous ces « trésors » à des marchands qui l’auraient escroqué. Amateur d’art oui, mais pas expert ! Contacté par M. Swimberghe, Marc Felix, expert international reconnu d’art ethnique, estime que les organisateurs de l’exposition auraient pu contacter le Musée Royal d’Afrique Central de Tervuren ou la Chambre Royale des antiquaires de Belgique afin de déterminer l’authenticité des objets. « Les organisateurs n’ont pas voulu contacter d’expert pour vérifier l’authenticité des pièces, alors qu’ils en avaient l’occasion», continue M. Swimberghe. «C’est confirmé par tout le monde. Les musées et les marchands reconnus ne sont pas contents du tout ». En effet, cela fait des années que beaucoup d’experts sont conscients de la mauvaise qualité de la collection de Joseph Schelfhout. De plus, le musée d’art ethnique d’Anvers n’avait pas non plus pris au sérieux cette collection. Alors comment se fait-il qu’elle ait pu être présentée à Knokke, au centre culturel de Scharpoord ? Selon un communiqué du directeur du centre culturel de Scharpoord, Pedro Oosterlynk et de l’échevin de la Culture, Maxime Willems, ils étaient au courant des mois à l’avance que les pièces n’étaient pas authentiques. A leurs yeux, l’exposition était tout de même importante à mettre en place car elle était bien faite. « C’est honteux. Durant les visites guidées, des explications sont données sur de faux objets. Cette exposition devrait être fermée », indique Piet Swimberghe. Un marché de faux La collection Congo fait remonter un autre problème. Depuis quelques années déjà, un marché de contrefaçon a vu le jour et s’intensifie. En Afrique du sud et au Cameroun, par exemple, des personnes travaillent dans des ateliers, à la fabrication de faux sur base de photos de catalogues fournis par des marchands d’art.
« Il y a maintenant un deuxième circuit qui s’est créé sur le marché de l’art. Certaines galeries vendent des copies !», explique M. Swimberghe. « En donnant un aspect muséal à ces collections et en publiant des catalogues, ils officialisent ces copies en leur donnant un aspect sérieux ».
Marc Felix indique que « le chiffre d’affaire du commerce de contrefaçon est beaucoup plus élevé que celui du commerce de pièces authentiques ». Pour lui, « il s’agit là d’une triste affaire. » Hélène Doumont Vendredi 19 Novembre 2010 - 15:28
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