Dans un monde où le tout numérique a fini de triompher, comment parvenir à sauvegarder les données personnelles ? La tâche s’annonce ardue voire utopique par moment, mais des organisations telles que l’Association francophone des autorités de protection des données personnelles (Afapdp) s’attellent à mener ce combat. « La protection des données à caractère personnel est une lutte et il ne faut pas qu’on baisse les bras face à l’avancée technologique », a défendu, hier, le Dr Mouhamadou Lô, président de la Commission nationale de protection des données personnelles (Cpdp) du Sénégal.
Chantal Bernier, la commissaire adjointe à la protection de la vie privée au Canada souligne, pour sa part, que « l’ère numérique a bouleversé nos rapports sociaux ». En effet, plusieurs communications se font désormais via les forums, les réseaux sociaux (facebook, Twitter etc). Dans ces supports, il n’est pas surprenant que la personne découvre des informations personnelles sur elle-même, sans son consentement le plus souvent. La rencontre régionale sur la « Protection des données personnelles et de la vie privée » bénéficie du soutien de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif). Le Dr Mouhamadou Lô précise que la notion de données à caractère personnel, renvoie à « toute information qui permet d’identifier une personne par l’écrit, par le son, l’image ou par la voix ».
Chantal Bernier assure, pour sa part, que le droit à la vie privée est « un droit fondamental, un droit essentiel à la démocratie et à l’épanouissement de la personne ». Le remettre en cause revient à fouler aux pieds des principes tels la confidentialité, la sécurité, le consentement, la transparence et la légitimité entre autres. Des principes qui restent, aux yeux de Mme Bernier, «immuables ». Dans le concret, le Dr Lô signale qu’un chef d’entreprise n’a pas le droit de mettre une caméra dans son usine à l’insu de ses employés. Selon lui, tout collecteur de données doit impérativement donner des informations sur « la finalité des informations collectées, la durée de conservation des données et les destinataires ».
La vie privée, un droit fondamental
Toutefois, la personne peut user de son droit d’opposition pour refuser la divulgation des informations la concernant. Pour cela, elle peut refuser de payer, de répondre sauf dans le cas d’une « obligation légale ». C'est-à-dire des informations nécessaires à la police ou la justice. L’avocat et président de la Ligue sénégalaise des droits de l’homme remet en cause cette notion même de données personnelles dénuées de sens à ses yeux. Il propose des « réponses concrètes » à la place des théories juridiques qu’on met en avant.
Car dit-il « nous sommes tous en danger ». Cette rencontre a été l’occasion pour la Commission nationale de protection des données personnelles de faire connaître sa structure créée en juin 2011. Depuis 2008, le Sénégal connaît une loi sur la protection des données personnelles, mais cela ne s’est jamais traduit en acte concret.