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La maternité protège du cancer

À défaut d'enfants, des chercheurs australiens proposent… la pilule!



La maternité protège du cancer
Quelle mouche a donc piqué deux chercheurs australiens pour aller suggérer aux religieuses de prendre la pilule contraceptive?

Il est vrai que l'idée provocatrice de Kara Britt et Roger Short, de l'université de Melbourne, repose sur des données scientifiques réelles qui concernent toutes les femmes et pas seulement les religieuses. Premièrement, le fait de ne pas avoir eu d'enfant, que l'on soit religieuse ou non, augmente le risque de certains cancers. On estime, par exemple, que chaque enfant induit, pour sa mère, une réduction de près de 10% du risque de cancer du sein. Le risque serait même réduit de moitié pour les femmes ayant eu un premier bébé avant 20 ans. En fait, la règle est que plus la première grossesse se produit tôt et plus une femme a eu d'enfants, plus cela diminue son risque de cancer du sein.

Mais une évaluation du risque uniquement centrée sur la maternité, est incomplète car les grossesses ne sont pas les seules «protections naturelles» qu'une femme peut espérer contre le cancer du sein. L'âge des premières règles joue aussi un rôle évident: une femme réglée à 15 ans voit son risque réduit d'un quart par rapport à celui d'une femme qui l'a été à 12 ans. De même qu'être ménopausée avant 45 ans -en dehors des inconvénients possibles pour la santé liés au manque brutal d'hormones dans l'organisme- réduit de moitié le risque cancer du sein par rapport à une femme ménopausée après 55 ans.

Les auteurs concluent un peu vite à l'effet bénéfique de la pilule en se focalisant sur les bons résultats d'une étude de l'université d'Aberdeen (Écosse) publiée l'an dernier en passant sous silence de nombreux biais méthodologiques. L'étude concluait à une réduction de 15% de la mortalité chez les utilisatrices de pilule.

Pourtant, au vu des données parfois contradictoires accumulées ces dernières années, il semble plus raisonnable de se contenter de rassurer les utilisatrices de contraception orale. Il est en tout cas abusif d'y voir un traitement préventif contre le cancer.

Coup médiatique

Au fond, le principal reproche que l'on pourrait faire aux auteurs australiens n'est pas d'avoir orchestré un coup médiatique (efficace!) mais de ne pas même avoir évoqué les façons de se protéger contre le cancer du sein. Or, elles existent bel et bien: l'activité physique régulière semble réduire ce risque d'un tiers. Mieux que n'importe quel médicament, sans compter les autres effets bénéfiques tant sur le plan métabolique, cardiaque, musculaire et osseux. De même, éviter les excès d'alcool réduirait de moitié le risque. Deux façons en théorie faciles d'agir sur sa santé.

La maternité protège du cancer
Selon les projections de l'Institut du cancer , 11.500 femmes décéderont d'un cancer du sein cette année en France et environ 53.000 nouveaux cas seront diagnostiqués. La prévention méritait mieux qu'un article accrocheur dans une revue réputée (The Lancet , 8 décembre).

Vendredi 9 Décembre 2011 - 15:11
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