Le vendredi de tous les dangersPRESIDENTIELLE 2012-LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL PUBLIE LA LISTE DES CANDIDATS
Le sprint final vers le fauteuil présidentiel va être lancé officiellement, ce vendredi 27 janvier, avec la publication par le Conseil constitutionnel de la liste tant attendue des candidats « agréés » pour briguer les suffrages des Sénégalais. A quelque 29 jours du premier tour du scrutin électoral, l’établissement de cette liste conformément aux dispositions du Code électoral s’effectue dans une ambiance délétère, où la contestation de la recevabilité de la candidature du Président sortant focalise un climat lourd d’instabilité sociale, en cas de validation de cette candidature, où le tout sécuritaire se confronte à la détermination des partis politiques et autres organisations du M 23 à rejeter, vaille que vaille, la participation de Me Wade à l’élection présidentielle. Question : le Sénégal va-t-il sortir indemne du va-t-en guerre « » de ses acteurs politiques ?
A moins d’un mois, jour pour jour, du premier tour du scrutin présidentiel, le Sénégal tout entier semble retenir son souffle. Et pour cause, le Conseil constitutionnel qui est la seule instance habilitée à proclamer la liste des candidatures valides pour l’élection de février prochain publie, ce vendredi 27 janvier, les noms des personnalités « agréées » à la compétition présidentielle de 2012. Le seul hic, c’est que la publication de cette liste s’effectue dans un climat politique chargé, lourd de menaces, de potentiels troubles et autres actions propres à installer l’instabilité sociale dans le pays. Pour cause, la candidature du Président sortant Abdoulaye Wade est vivement contestée par l’ensemble des partis d’opposition, des organisations de la société civile et des mouvements citoyens qui se sont agrégés dans le M 23 ou communément Mouvement des Forces vives du 23 juin. Et ce mouvement qui s’est engagé, depuis six mois, à rejeter sans discontinuer la candidature de Wade, en menant des actions de mobilisation, de sensibilisation, d’information, de lobbying en interne comme à l’extérieur du pays, auprès des décideurs, des pays partenaires, des chefs coutumiers ou religieux, n’est nullement décidé à accepter que Wade participe à la présidentielle de 2012. Clamant avec force que cette candidature est inconstitutionnelle, parce que le Président sortant a déjà épuisé le nombre de mandats (2) acceptés par la Constitution de 2001, le M 23 qui fédère à la fois les plus grands opposants à Wade ( Ousmane Tanor Dieng du Ps, Moustapha Niasse de l’Afp, Macky Sall de l’Apr et Idrissa Seck de Rewmi, ces trois derniers étant d’anciens premiers ministres de Wade), a fait montre avec des menaces à peine voilées de recourir à la contestation populaire, en cas de validation de la candidature du Président sortant. Les différents rassemblements du M 23 organisés depuis la date dite « historique » du 23 juin (rejet du ticket présidentiel à l’Assemblée nationale) ont été explicites, en termes de discours chez les leaders opposés à Wade, pour presque en appeler au langage de la rue face à ce qu’ils considèrent comme une volonté de passage en force d’un Président qui s’obstine à violer la Constitution. Au final, la tension politique et sociale reste vive à quelques encablures de la publication de la liste des candidats à la présidentielle. Et la première élection devant être organisée dans le pays, après la célébration du cinquantenaire de l’indépendance, risque de déboucher sur une contestation vive (peut-être pour la première fois) de la publication officielle de la liste des candidats par le Conseil constitutionnel, ce vendredi. Une publication qui se fera par affichage au greffe du Conseil constitutionnel, lequel peut en outre faire procéder à toute autre qu’il estimera nécessaire. LE TOUT SECURITAIRE FACE A LA LOGIQUE SUBVERSIVE Cette tension et ces menaces qui pèsent sur le climat social et politique n’ont toutefois pas été minimisées par le gouvernement. Me Ousmane Ngom, le ministre de l’Intérieur, a pris avant-hier, mardi, un arrêté pour interdire de manière temporaire toutes les manifestations (défilés, processions, rassemblements), sur l’étendue du territoire national, de ce jeudi à lundi prochain. Histoire de garantir aux juges constitutionnels de travailler sans « pression, dans le calme et la sérénité ». Les observateurs de la scène ont vu derrière cette mesure une volonté de l’Etat sénégalais de torpiller les actions potentielles du M 23, à la veille de la délibération du Conseil constitutionnel.
Cependant, rien ne permet de dire que les membres du M 23 qui ont qualifié cette mesure d’illégale, à l’instar de l’ordre des avocats, ne braveront pas l’interdiction du ministère de l’Intérieur. C’est dire à quel point les Sénégalais semblent assis sur une véritable poudrière qui risque d’exploser à la moindre étincelle. En dépit des appels à l’apaisement et à la paix des cœurs sans cesse renouvelés par les chefs coutumiers, les familles religieuses, l’Eglise, des organisations de la société civile depuis que le va-t-en guerre général, la volonté de tordre la main de la Constitution, le jusqu’au-boutisme et la logique subversive ont pris possession des acteurs politiques.
Vendredi 27 Janvier 2012 - 09:55
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