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SYRIE. Le président Bachar al-Assad est-il fou ?

Comme on pouvait le prévoir, l'interview du président syrien Bachar al-Assad donnée à ABCNews, mercredi 7 décembre a suscité incrédulité et effarement. Bachar al-Assad l'affirme : il n'est pour rien dans les 4.000 morts, selon les Nations unis, en Syrie, dans les actes de tortures et les arrestations d'enfants. Quand Bachar al-Assad reprend la parole ça détonne. Il a démenti avoir donné l'ordre de tuer des manifestants. "Nous ne tuons pas notre peuple... Aucun gouvernement ne tue son peuple à moins qu'il ne soit dirigé par un fou", a-t-il dit.

Sarah Diffalah



SYRIE. Le président Bachar al-Assad est-il fou ?
Le fou c'est peut-être lui, s'interroge un porte-parole du département d'Etat américain, Mark Toner. "Il y a là soit une coupure (avec la réalité) soit du mépris ou alors, comme il l'a dit, de la folie, je ne sais pas", a-t-il dit.

La défense de Bachar al-Assad

Le président syrien est-il vraiment aveugle face à la révolte de son peuple ? Son discours diplomatique n'a finalement rien d'étonnant. Depuis le début du soulèvement dans le pays, il use et abuse de la politique de l'autruche. Interrogé sur son avenir, Bachar el-Assad affirme ne pas avoir peur de finir comme Mouammar Kadhafi, car, dit-il, il a le soutien de son peuple. Il admet que son pays est divisé, mais assure qu'il a tout fait pour le protéger et que les réformes menées depuis neuf mois vont dans ce sens.

En déclarant qu'il n'a pas donné l'ordre de tuer des manifestants, bien qu'il soit aussi chef des armées, il essaye aussi de sous-entendre qu'il n'est qu'une marionnette de son clan et qu'il n'a aucun pouvoir. "C'est pas moi, c'est eux", semble-t-il dire, lui qui justement n'a jamais servi dans l'armée syrienne.

Voilà, une justification qui colle bien au personnage et à son histoire. En effet, si ses propos rappellent légèrement ceux de Mouammar Kadhafi, Bachar al-Assad ne ressemble pas aux dictateurs déchus des révolutions arabes. Rien ne le prédestinait à prendre la succession de son père à la tête de la Syrie. Au lieu et place d'une carrière de grand ophtalmologiste, il devient président de la Syrie à la place de son frère tué dans un accident de voiture. Sans conviction, il a du mal faire sa place, dépassé par un système bien rodé.

Aujourd'hui, le clan le soutient, mais Bachar al-Assad tient un discours crédible. Le chef de l'Etat fait en sorte de se laver la mains des tueries et pourrait être en train d'essayer de sauver sa tête. Un discours qui pourrait, d'ailleurs, tout aussi bien être entendu dans le box des accusés d'un tribunal international.

Opportunités

Et si, au contraire, le président syrien s'offrait opportunément une interview au moment où il sent que le vent est en train de tourner en sa faveur ? Fort du soutien pour l'instant indéfectible de la Russie, de l'Iran et de quelques autres pays arabes, la Syrie espère profiter de ce moment de flottement que l'on observe depuis quelques jours.

Si la Turquie a maintenu la pression sur Damas en accentuant ses sanctions financières, elle a annoncé qu'elle n'autoriserait pas des attaques à partir de son territoire. Certes, Ankara répondait à des accusations de Damas selon laquelle elle a repoussé une attaque de "terroristes" syriens venant de Turquie, mais Ankara a ainsi –consciemment?- fixer des limites à son action. Ellle espère garder une marge de manœuvre nécessaire pour les futures relations stratégiques avec la Syrie.

De son côté, la Ligue arabe est en discussion quant aux sanctions contre la Syrie après que cette dernière ait accepté l'envoi d'observateurs étrangers. Le quotidien algérien "El-Watan" rappelle aussi que la Jordanie a fini par obtenir l'accord de l'organisation panarabe pour exclure des sanctions visant la Syrie, le commerce et les vols aériens entre Amman et Damas. "Amman a en effet trop à perdre en appliquant les sanctions. Il faut savoir que le commerce entre la Jordanie et la Syrie représente un total de 7 milliards de dollars depuis 2000", écrit le journal.

SYRIE. Le président Bachar al-Assad est-il fou ?
Preuve de ce léger réchauffement internationale : les ambassadeurs de France et des Etats-Unis ont regagné Damas après avoir quitté la Syrie à la suite des menaces pesant sur leur sécurité.

Bachar al-Assad est peut-être moins fou et moins naïf qu'il ne veut le faire penser.


Vendredi 9 Décembre 2011 - 11:38
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Publié par ©++ Dakaronline.net le 16/12/2011 à 10:12 | 0 Commentaire



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