Après 50 minutes d’exposé des éléments d’enquêtes contenus dans un document intitulé « Mémoire de défense : Procès de Thierno Ousmane Sy/La Gazette », Abdou Latif Coulibaly fait état de long en large des procédés occultes utilisés par le plaignant avec la complicité de Kéba Keindé (pratiquement, la tête pensante d’une bande de copains qui fait la pluie et le beau temps dans toutes les grandes affaires de sous dans ce pays) sans compter l’appui d’anciens amis qui partageaient les couloirs des amphithéâtres, la valse des chiffres discordants, notamment ceux du rapport de l’Ige, du président de la République, du ministère de l’Economie et des finances, pour une même et seule affaire… bref, les tenants et aboutissants de la thèse qui asseoit qu’effectivement, il y a eu ces 20 milliards de commissions encaissés dans la délivrance de la licence de Sudatel… Pire, pas en dollars comme on a tenté de le faire croire, mais en euros (tout l’argent a été encaissé en euros, révèle le dirpub de la gazette). Le jury composé essentiellement de gens de la société civile, n’a pas trouvé à redire. Il a acquitté le prévenu.
Les notes, démarches, le travail d’investigation mené par le journaliste et son équipe attestent qu’il n’y avait aucune volonté de nuire, contrairement à ce que soutient le plaignant. Selon Mamadou Mbodj, coordonnateur du cadre de concertation et d’action de la société civile (Casc), Abdou Latif Coulibaly, même s’il peut arriver qu’il se trompe, est jusqu’à preuve du contraire, de bonne foi. Son travail de journaliste, au vu des informations glanées dans les plus hautes sphères, des rapports d’Ige, du circuit officiel témoigne de la rigueur de son argument. « Abdou Latif Coulibaly est de bonne foi. Il a mis beaucoup de rigueur morale dans ses travaux. Ses preuves sont irréfutables. L’affaire Sudatel ternit l’image de marque du Sénégal. Et C’est pourquoi, pour le verdict du tribunal populaire, j’invite tout le monde à se lever et à réserver un standing ovation à Latif Coulibaly », a-t-il dit.
Me Assane Dioma Ndiaye : « Il a eu des sources fiables, des documents fiables et des Sénégalais se sont ouverts à lui »
Toutefois, avant le verdict du tribunal populaire, certains membres de la société civile, présents à cette séance d’audition publique, ont eu à se prononcer. C’est le cas de Me Assane Dioma Ndiaye. Il estime, en tant que modérateur et spécialiste du droit, que le journaliste qui livre une information d’intérêt général ne doit pas être condamné, quels que soient les rigueurs de la loi ou le régime des preuves. « Le journaliste a le droit de faire de l’information ascendante, mais aussi de l’information descendante ; et il est important pour cela qu’il soit protégé ». Abdoul Latif Coulibaly, dit-il, « s’est expliqué devant le jury populaire pour dire que son intention n’a jamais été de nuire à une personne et qu’il n’était animé par aucune opposition crypto personnelle. C’est un journaliste d’investigation. L’affaire Sudatel l’a intéressé à un certain moment de l’évolution de sa profession. Il a eu des sources fiables, des documents fiables et des Sénégalais se sont ouverts à lui. Et tenant compte de tout cela, il a écrit ».
Mouhamadou Mbodj : « il faut refuser que le procès se tienne, tant que le père du plaignant est le ministre de la Justice »
Mouhamadou Mbodji du Forum civil, lui, pense qu’il faut que les Sénégalais arrêtent d’apprécier l’affaire comme un problème qui oppose Latif à Thierno Ousmane Sy. Non ! Pour lui, il s’agit d’un conseiller technique du président de la République, un représentant de l’Etat, personne ne peut dire le contraire. En conséquence, il y a inéluctablement « un conflit d’intérêt » qui voudrait que les gens redressent « le procès entre Thierno Ousmane Sy et Abdou Latif Coulibaly, pour poser le vrai problème qui consistera à amener l’Etat à prendre sa place ; car l’Etat est quasi-absent dans cette affaire », a-t-il dit. Pour ajouter : « il faut refuser que le procès se tienne tant que le père du plaignant est le ministre de la Justice ».
Abdoulaye Bathily : « L’affaire Sudatel fait beaucoup plus de vagues au Soudan qu’au Sénégal »
Selon le leader de la Ligue Démocratique (Ld), le scandale est sur toutes les lèvres, même hors de nos frontières. « Je viens d’une rencontre au Caire. Lorsque je me suis présenté comme Sénégalais, des Soudanais m’ont approché pour me parler de l’affaire Sudatel. Ils m’ont fait comprendre que l’affaire Sudatel fait beaucoup plus de vagues au Soudan qu’au Sénégal », a-t-il révélé devant une forte présence de personnalités indépendantes, d’associations, d’organisations non gouvernementales, de syndicats et collectifs attachés aux valeurs démocratiques et soucieux de la défense de la République et des intérêts de la Nation.
Madou MBODJ
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