Dirigé depuis un peu plus de cinq mois par l’Ivoirien Tidjane Thiam, le numéro un par la capitalisation de l’assurance britannique, Prudential, paie de mine. Pour les cinq premiers mois de l’année, les activités du groupe enregistrent « une hausse de 27% de ses ventes nouvelles à 1,355 livres (1,63 milliard d’euros), dont une augmentation de 33% de ses ventes en Asie à 579 millions de livres, des ventes aux particuliers record aux Etats-Unis, où les nouvelles ventes ont crû de 41% à 454 millions de livres, et, au Royaume-Uni, une croissance de ces ventes de 4% à 322 millions de livres ». Ainsi la stratégie de la direction générale consistant « à focaliser le capital sur les régions et les produits les plus profitables » porte ses fruits.
Une ardoise de frais divers salés – dont 152,6 millions de livres d’indemnité de rupture de l’accord – qui a provoqué quelques crises d’urticaire chez les actionnaires.
Elle a revitalisé les ambitions de l’assureur britannique d’un plus grand ancrage en Asie, nouveau pôle de toutes les croissances. Une option stratégique forte qui a conduit la direction générale de « Pru » à se lancer le 1er mars 2010 à l’assaut de la filiale asiatique de l’assureur américain AIG. En jeu était la possibilité pour Prudential de devenir N° 1 de l’assurance-vie en Asie, notamment à Hong Kong, à Singapour, en Thaïlande, en Malaisie, en Indonésie, aux Philippines et au Vietnam, et de se positionner au deuxième rang planétaire du secteur de l’assurance en termes de valorisation boursière. Ce pari, pour le moins osé et risqué, eu égard à la différence de gabarit des deux entreprises et aux montants concernés, va faire long feu. Et faire passer sous silence l’excellent début d’année.
Transaction du siècle
C’était la transaction du siècle dans le secteur de l’assurance : le projet de Prudential de racheter à AIG, sous perfusion financière étatique depuis la déferlante financière de fin 2008, son activité d’assurance-vie en Asie pour 35,5 milliards de dollars. Et le big deal eût été conclu que le directeur général de « Pru», Tidjane Thiam, aurait été élevé au rang de « génie de la finance internationale ». Mais la croisade asiatique pour l’acquisition d’AIA, engagée avec l’approbation du conseil d’administration de l’assureur britannique – mais contre l’avis de certains actionnaires qui l’a jugeaient à la fois trop ambitieuse et trop risquée –, aura tourné finalement court.
Faute d’avoir pu mener à terme l’augmentation de capital extra large de 21 milliards de dollars nécessaire pour réunir l’enveloppe à mettre sur la table pour boucler la transaction, Prudential et sa direction générale se sont résolus à jeter l’éponge, le 2 juin 2010. Pas sans avoir tenté, vainement cependant, d’obtenir une réduction de la facture à 30,5 milliards de dollars – qui même à ce montant représente un peu plus d’une fois la valeur boursière de « Pru ».
Comble de mauvaise fortune, ce petit tour de trois mois, puis le renoncement, coûtera à l’assureur britannique 450 millions de livres (540 millions d’euros). Une ardoise de frais divers salés – dont 152,6 millions de livres d’indemnité de rupture de l’accord – qui a provoqué quelques crises d’urticaire chez les actionnaires. Notamment les plus grands, sur la participation desquels planait une menace de dilution.
De là à demander la tête de Tidjane Thiam, le maître d’œuvre, et/ou de Harvey Mc Grath, le président du conseil d’administration, la question n’a pas manqué d’être évoquée lors de l’assemblée générale du groupe le 7 juin 2010. Mais les deux dirigeants, bien que relativement fragilisés, s’en tireront à bon compte, conservant chacun leur fauteuil. Sans doute en partie à cause « du formidable », selon les analystes du cabinet Shore, début d’année de l’assureur britannique, sous la conduite du duo Thiam-Mc Grath.
LOUIS S. AMÉDÉ, ABIDJAN
http://www.lesafriques.com/actualite/tidiane-thiam-conduit-prudential-au-succes.html?Itemid=89?articleid=26093