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lesoleil.sn - Ousseynou Wade , Secrétaire Général du Dak'art : « De belles perspectives pour la création contemporaine africaine »


Ousseynou Wade, Secrétaire général de la Biennale de l’art africain contemporain (Dak’Art), est d’avis qu’il y a aujourd’hui une grande réception, une attention et de belles perspectives autour de la création africaine contemporaine. Dans cette interview, il revient sur les 20 ans de ce grand rendez-vous dédié aux arts visuels.



lesoleil.sn - Ousseynou Wade , Secrétaire Général du Dak'art  : « De belles perspectives pour la création contemporaine africaine »
Le Dak’Art fête cette année ses 20 ans d’existence. Que peut-on retenir de cet espace d’échange autour de la production africaine ?

« Effectivement ce sont les 20 ans de la Biennale, et nous nous réjouissons que pour cette occasion le premier et le deuxième Secrétaire général du Dak’Art se retrouvent tous au Sénégal pour fêter l’événement. C’est d’autant plus important que dans cette salle même (le siège du Dak’Art, ndlr), il y avait tout à l’heure (jeudi, jour de l’interview), le lauréat du premier Grand prix Léopold Sédar Senghor, l’Ethiopien Verouyoun. Feu Moustapha Dimé était aussi premier Grand prix. Nous aurons les lauréats des prix Léopold Sédar Senghor de toutes les éditions. C’est important de retrouver tous ces professionnels, ces amateurs d’arts qui ont accepté de revenir à Dakar. Un commissaire d’exposition américain me confiait qu’il vient à la Biennale depuis 1996. Cela signifie qu’il y a un attachement à cette manifestation qui répond aux attentes des milieux professionnels, des artistes d’Afrique et d’ailleurs. Tout à l’heure, j’étais avec le commissaire d’une biennale des îles Canaries qui prépare sa 3ème édition et qui voulait aussi avoir un partenariat avec Dakar. Cela veut dire qu’il y a une grande réception, une grande attention et une motivation autour du Dak’Art aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur ».

Dans un éditorial que vous avez signé pour saluer les 20 ans du Dak’Art, vous êtes revenu sur la sélection. Là vous parlez de mémoire du futur en faisant référence à la rétrospective...

« Il y a déjà quatorze ans, la Biennale de Dakar entreprenait une mutation importante. La Biennale des Arts et des Lettres cédait définitivement la place à la Biennale de l’art africain contemporain. Cette mutation a été bien accueillie aussi bien sur le continent qu’en dehors de l’Afrique. La communauté artistique dispose désormais d’un espace de communication et de légitimation. Il s’agissait moins d’un repli sur soi que de l’expression d’une réponse à de nombreuses attentes légitimes, celles de voir l’Afrique s’engager résolument dans la définition et la mise en œuvre de stratégies pour la promotion de ses productions cultuelles et des auteurs de celles-ci. De nombreux acteurs de la scène artistique ont activement pris part aux instances de la Biennale aux côtés de leurs homologues africains. Le dialogue autour de la production africaine, entretenu au sein de ces instances comme au sein des rencontres professionnelles de l’événement, a participé à élargir de façon notable la place des artistes africains sur la scène internationale. Pour la rétrospective, il est important de saluer le travail remarquable de femmes et d’hommes de qualité qui ont permis au Dak’Art de figurer en bonne place dans l’agenda culturel international. Ils sont commissaires d’exposition, collectionneurs, responsables de musée, galerie, critiques d’art ou amateurs.

La Biennale de Dakar n’a que vingt ans et, pourtant, elle se maintient par la volonté de l’Etat du Sénégal qui en est l’initiateur. Elle se réalise avec la convergence de plusieurs volontés, individuelles et collectives. Elle doit une reconnaissance méritée à Iba Ndiaye et Paul Ahyi, des maîtres qui nous ont quittés à 80 ans, respectivement en 2008 et en 2010. Dak’Art est aussi reconnaissante au critique d’art Amadou Guèye Ngom, décédé récemment et qui n’a pas eu le temps d’écrire le texte que nous lui avions commandé pour le catalogue du 20ème anniversaire. Aujourd’hui, les prémisses du Dak’Art sont bien prometteuses et se situent dans une mobilisation de plus en plus grande du secteur privé national et le soutien de nombreux partenaires. Il y a aussi la communauté artistique qui investit de façon intelligente les contours de la Biennale avec des projets qui transcendent la question des frontières ».

Par rapport à la création, comment se positionne l’Afrique sur la scène internationale en partant du Dak’Art ?

« Cette Biennale est un repère, un indicateur de la perception que les milieux professionnels ont de l’art contemporain africain en général, de la production des artistes africains en particulier. Nous avons par exemple quelqu’un comme Pauline Bourman des Pays-Bas qui veut offrir un prix, tout comme d’autres provenant des fondations Tamin Nialey et Tamguidy, avec deux personnalités qui ont connu la Biennale et qui reviennent depuis 2004. Nous avons aussi des propositions venues d’Italie, du Portugal et des Etats-Unis. Cela montre à quel point la création africaine contemporaine intéresse le monde au point que des galeristes pas suffisamment ouverts à l’art africain contemporain cherchent à recevoir des productions du continent. Je pense que c’est tout cela qui montre effectivement qu’il y a de nombreuses perspectives pour un positionnement de la création contemporaine en Afrique ».

On peut dire que la création africaine gagne en légitimité...

« Je voudrais avoir la prudence de poser le problème de cette légitimité. Cela voudrait dire que, quelque part, il n’y avait pas de légitimité ou alors cela signifierait que la Biennale a participé à faire en sorte qu’il y ait plus de légitimité. Ce qui est constant, c’est qu’il y a une attention, plus de présence et plus de participation internationale au Dak’Art. C’est ce qui est essentiel de mon point de vue ».

L’Afrique a donc trouvé des arguments pour répondre à ceux qui mettaient en cause sa créativité...

« Vous savez, il y a une image de l’Afrique qui n’est pas seulement liée à la création africaine. C’est une image globale. Je pense que chaque secteur d’activité devrait faire en sorte qu’on arrive à comprendre que c’est une image erronée, caricaturale, qui ne correspond en rien à la réalité. Evidement dans cette démarche, les artistes sont les plus actifs, les plus engagés, les plus motivés à montrer qu’il y a une image positive de l’Afrique et qu’il y a des perspectives plus porteuses que celles que l’on dessine en dehors du continent et que l’on projette pour l’Afrique ».

Quel type de réponse l’Afrique peut-elle apporter par rapport au contexte actuel où l’on parle de diversité culturelle et de globalisation ?

« C’est d’abord s’exprimer tel qu’on est en assumant pleinement son héritage, son patrimoine, mais en disant qu’on vit dans une réalité qui n’est pas une reproduction systématique de ce qu’on a vécu il y a 20 ans ou il y a 100 ans. C’est accepter aussi cette ouverture tout en étant conscient qu’ouverture ne veut pas dire aliénation, mimétisme ou être autre chose que ce qu’on vit réellement ».

Organisation approximative, communication défaillante, sélection internationale de moindre qualité lors du précédent Dak’Art. A quoi peut-on s’attendre pour 2010 ?

« Vous savez, toutes les biennales au monde font l’objet de critiques fondées ou non fondées. Ce qui est fondamental, c’est que lorsque les critiques sont objectives, qu’on ait l’humilité de les admettre et qu’on ait le courage et les moyens de résoudre les problèmes qui font l’objet de ces critiques. Aucune œuvre humaine n’est parfaite, l’essentiel est de prendre conscience de ces insuffisances et d’avoir les ressources qui permettent de les combler. C’est cette démarche que nous devons engager dans notre vie de tous les jours, quel que soit notre secteur d’évolution. C’est cela qui permet à toute œuvre de grandir et de tendre vers la perfection.

Et par rapport à cette 9ème édition, à quoi le grand public et les professionnels de l’art peuvent-ils s’attendre comme innovation ?

« Nous n’apportons pas à proprement parler de touches particulières. Nous faisons juste notre travail. S’il y a une touche particulière, il faut la trouver dans les propositions des artistes, et je pense qu’ils vont surprendre. C’est aussi la découverte d’artistes qui n’ont jamais été présents à la Biennale, la redécouverte de plasticiens qui ont eu à recevoir le Grand prix Léopold Sédar Senghor, mais c’est également la présence haïtienne au Dak’Art. Il y aussi que cette édition a enregistré plus de 200 inscriptions dans les manifestations Off à travers lesquelles on aura des propositions qui vont étonner et intéresser le public ».

Après 20 ans d’existence, est-ce qu’on peut avoir une idée des prochaines orientations pour la Biennale ?

« J’aurais bien aimé pouvoir dire quelles seront les orientations pour les prochaines Biennales, mais cela dépendra des recommandations du séminaire d’évaluation qui fera suite à cette édition. C’est seulement à partir de ces recommandations et de la prise en compte effective des suggestions les plus pertinentes que l’on pourra annoncer les lignes directrices des prochaines éditions.

Propos recueillis par El Hadji Massiga FAYE

Vendredi 21 Mai 2010 - 11:43
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Publié par ©++ Dakaronline.net le 16/12/2011 à 10:12 | 0 Commentaire