18 ans déjà ! Est-ce qu’on peut dire que le festival jazz a vraiment grandi ?
A 18 ans, on a atteint un âge qui permet de mieux percevoir la vie, l’avenir. Le festival jazz est dans cette dynamique. Il a fallu du temps, beaucoup de travail et énormément de choses sur lesquelles les gens ont dû travailler pour rectifier et corriger. Mais, depuis trois éditions, le festival est en train de faire sa mue. Cette édition 2010 sera donc celle de la maturité et de la consolidation des acquis. A la fin de l’exercice 2009, on a établi tous les documents comptables. On a fait un bilan et, aujourd’hui, sans prétention aucune, on peut dire que l’Association Saint-Louis Jazz est l’une des rares associations à mettre sur la table un bilan financier chiffré suite à un audit d’un cabinet comptable qui a permis de déposer cela au niveau des partenaires. Cela a été une des principales missions que s’est assignée l’association ces trois dernières années, c’est-à-dire faire en sorte qu’au terme de chaque édition il y ait un bilan qui puisse être répercuté au niveau des partenaires pour leur permettre de comprendre exactement comment l’argent a été dépensé et les raisons qui ont motivé de tels choix. Et je pense que d’ici aux 20 ans, nous allons atteindre cette vitesse de croisière.
Cette année encore, l’Association Saint-Louis Jazz n’a pas lésiné sur les moyens pour décrocher une tête d’affiche ?
La vocation de l’Association Saint-Louis Jazz est de faire en sorte qu’à chaque édition, la programmation artistique soit à un niveau de qualité hautement appréciable ; ce qui fait que cette année, on n’a pas lésiné sur les moyens pour faire venir une des légendes actuelles du free jazz, Pharoah Sanders qui est le plus beau cri de l’histoire du jazz, un son unique d’une puissance incroyable, parfois ravageur, un son d’une sincérité à couper le souffle, un son qui a le pouvoir de vous envoyer un flux d’amour en quelques notes ou alors de vous interpeller avec gravité, avec profondeur, avec violence aussi. Il sera associé à d’autres grands noms du jazz qui sont connus à travers le monde comme les Français Sylvain Beuf, Emmanuel Bex grâce à la Bicis, l’un des plus fidèles partenaires du festival ces dernières années. Il y aura aussi l’Américain avec Freddy Bryant et son trio kaléidoscope, avec le soutien de l’ambassade des Etats-Unis, ainsi qu’une première avec la participation du Brésil et la prestation de Denise Reis qui fera le plaisir d’ouvrir cette 18e édition. Il y aura les Autrichiens autour du projet Dakar-Vienne conçu en collaboration avec l’ambassade d’Autriche à Dakar, les Allemands du Juguen jazz orchestra à travers un big band de 22 personnes mobilisé par le Goethe Institut, un projet de résidence sur les origines voire les racines africaines du jazz autour de musiciens sénégalais et français. Cette initiative est soutenue par l’ambassade de France pour décliner toute la diversité de la musique jazz. L’Espagne sera aussi présente avec Jerry Gonzales que l’Ambassade d’Espagne a bien voulu mettre à notre disposition. C’est dire qu’aujourd’hui, la programmation est de qualité et est de niveau supérieur ou égal à celle de l’année dernière. C’est cette mission que la commission de programmation artistique s’était assignée pour faire en sorte que 2010 soit meilleur que 2009 en termes de qualité artistique.
Qu’est-ce qui explique la hausse considérable du budget qui est passé à 241 millions ?
Avoir une tête d’affiche de la trempe de Pharoah Sanders, ce n’est pas donné ! Il a fallu mettre les moyens pour le décrocher, mais, surtout, lui payer tout son cachet avant qu’il ne foule le sol sénégalais. Pour s’éviter la mésaventure de ne pas être payé, l’artiste a mis cette exigence sur la table pour sa participation. Il y a aussi ce projet qui va tourner autour des racines africaines du jazz, la prise en charge des artistes en hébergement et restauration, les ateliers de résidence, l’organisation de la foire, du Off... Tous ces éléments font qu’à partir du moment où on s’inscrit dans une logique de bien faire dans la qualité, il faut forcément mettre les moyens pour réussir une programmation et se hisser à un niveau qui puisse concurrencer ou se rapprocher de ce qui se fait le mieux dans le monde.
Cette année, l’Association Saint-Louis Jazz a innové avec l’organisation d’un forum des acteurs culturels sur le thème « Culture et Citoyenneté ».
C’est la volonté du Conseil régional de Saint-Louis et la Région Nord-Pas-de-Calais en partenariat avec l’Association Saint-Louis Jazz. Il fallait un volet scientifique à la manifestation étant donné que le festival jazz attire un public divers. Et la réflexion au tour de ce forum permettra de jeter les jalons d’un renouveau ou d’un accompagnement des acteurs culturels de la région de Saint-Louis parce que c’est une région qui se positionne comme capitale culturelle du Sénégal et même de l’Afrique de l’Ouest. Il faut que les opérateurs culturels de la région puissent partager l’expérience des autres qui vont venir de France, Belgique et Suède pour faire en sorte que les acteurs et opérateurs culturels s’engagent véritablement sur la voie du professionnalisme.
Cette 18e édition intervient dans un contexte marqué par la célébration des 350 ans de Saint-Louis...
On est dans une dynamique de partenariat avec les 350 ans. Nous les célébrons à notre manière ; ce qui a motivé le choix d’une programmation de qualité pour que les gens qui viennent visiter Saint-Louis se rendent compte que cette ville n’organise pas seulement un festival de jazz pour le besoin d’organiser, mais elle a une histoire avec le jazz à travers l’arrivée des Américains qui ont introduit les premiers instruments et ont influencé des jeunes de Saint-Louis à cette musique au point de créer les orchestres de jazz.
Résidence sur les origines africaines du jazz
Cette résidence est née de la volonté des différents musiciens de remonter l’histoire pour démontrer que le jazz fait bien partie de l’Afrique et particulièrement celle occidentale. Cette résidence favorisera la rencontre entre nos musiciens et ceux venus de l’Occident.
A partir de Saint-Louis, les participants à cette résidence iront à la découverte d’une partie des racines africaines du jazz. Car le brassage des traditions africaines conservées par les Noirs et de la culture européenne qui leur est imposée depuis le 16e siècle, va donner naissance à de nouveaux modes d’expression musicale : worksong, negro-spiritual, blues et ragtime. C’est dans ces musiques que le jazz puise ses différentes racines. C’est cela aussi toute la pertinence de ce projet qui, à travers la musique, tente de décliner les origines de cette musique jazz. Des musiciens français et sénégalais travailleront dans ce projet. Parmi ceux-là, Simon Goubert, batteur très célèbre, qui voue un amour sans bornes aux percussions sénégalaises, le contrebassiste, Darry Hall, Babou Ngom, célèbre tambour major, Ousmane Bâ, flûtiste peulh, et Ablaye Cissokho joueur de kora.
Cette année, la commission de programmation artistique a décidé de construire un espace au sein duquel les musiciens pourront exprimer sans aucune contrainte sinon celle de faire plaisir aux férus de jazz. Depuis la naissance du festival et sous différentes formes sa scène a permis la rencontre de plusieurs artistes de cultures et de nationalités différentes mus par la seule envie de donner généreusement, mais aussi celle de recevoir de l’autre. L’orchestre Eurafrique, African Projet et Saint-Louis Jazz Orchestra ont été, certes des centres de rencontres, mais l’Association Saint-Louis Jazz veut aller plus loin encore et investir d’autres horizons. La finalité de ce projet est d’aller au-delà de ses devanciers et même sortir un album sur le marché. Car, l’un des chefs d’œuvre de Joe Zawinul, « My People », a été pensé et organisé à partir de Saint-Louis autour de
ÉMERGENCE D’UN PÔLE DE DÉVELOPPEMENT CULTUREL : Un forum va plancher sur la question
Cette année, l’une des grandes innovations du festival sera ce forum des acteurs et opérateurs culturels sur le thème : « Culture et citoyenneté ». Cette initiative, née de la convention additionnelle de coopération culturelle entre les régions de Saint-Louis et Nord-Pas-de-Calais, se tiendra sur deux jours (22-23 mai) et permettra de produire un document d’orientation qui servira de feuille de route aux pouvoirs publics décentralisés, acteurs et opérateurs culturels.
Avec le manque criard en infrastructures et en équipements culturels dont souffre la région de Saint-Louis et en dépit de cette situation, l’agenda culturel est très fourni comme en témoignent les nombreuses initiatives culturelles privées que sont, entre autres, le festival international de jazz, Rapandar, le festival de Riti, le festival de l’eau, les Blues du fleuve, le festival international de danse duo solo, la fête internationale du livre, le fanal, « dis-moi Saint-Louis », les rencontres du fleuve, le festival du rire, les journées culturelles de Ndioum et du Walo, entre autres. La réflexion autour du thème « Culture et citoyenneté » constitue un moyen sur de relever les défis du développement à la fois participatif et local. L’objectif de ce forum est de faciliter une concertation entre acteurs culturels, d’une part, et entre collectivités locales et acteurs culturels, d’autre part, pour une meilleure prise en charge de la culture dans les compétences transférées, mais aussi de définir et de mettre en œuvre, par une approche participative, un cadre de développement culturel durable en vue d’assurer la valorisation du patrimoine culturel, l’exploitation du potentiel économique de la culture et la promotion de la diversité culturelle.
IMPACTS DU FESTIVAL INTERNATIONAL DE JAZZ : Réel coup de fouet pour l’activité locale
Au-delà de ses propres résultats, le festival qui constitue une excellente vitrine pour Saint-Louis, a un impact indéniable sur la vie économique locale. L’effet en retour sur la cité est considérable, à la fois en termes d’image et en impact de tourisme culturel et donc économique.
La renommée du Festival Jazz de Saint-Louis n’est pas sans conséquence. Son impact est considérable, tant au niveau touristique, économique, culturel, social. Sa réussite a engendré des retombées visibles, surtout au niveau touristique, avec un rush qui est enregistré avant, pendant et après le festival. Au niveau de l’hôtellerie, tous les hôtels et les restaurants de la ville affichent complet pendant toute la durée du festival ; ce qui a eu une forte répercussion sur toute la chaîne des commerçants. Les retombées concernent aussi les produits souvenirs. Car les populations qu’il attire présentent une forte propension aux consommations culturelles. Comme les restaurateurs, hôteliers et autres vendeurs de souvenirs, les transporteurs eux aussi trouvent leur compte. Le festival, c’est aussi les emplois directs et indirects qui concernent les secteurs de l’hôtellerie, la restauration, le transport, le nettoyage, la sécurité, l’alimentation, le commerce, les télécommunications...
Au-delà des retombées économiques, les bénéfices en termes de communication et d’image contribuent au développement touristique de notre ville historique qui est valorisée d’une façon exceptionnelle. Le festival permet de bénéficier à la fois de l’intérêt général des médias pour la culture et de la dimension événementielle. La médiatisation de cet événement d’envergure, constitue un formidable coup de projecteur sur Saint-Louis qui devient un point d’attrait, de plus en plus fort, pour un public international.
Par Samba Oumar FALL
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