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lesoleil.sn - Une vie, une passion pour la musique africaine

BONCANA MAÏGA ARRANGEUR-COMPOSITEUR

Après 40 ans de musique, au service de la musique malienne voire africaine, l’arrangeur-compositeur Boncana Maïga ambitionne de mettre en valeur la musique africaine de manière symphonique, comme un concerto de Mozart.



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El Maestro. L’attribut sied comme un gant à Boncana Maïga. Natif de Gao (Mali), le compositeur-arrangeur a travaillé également pour le cinéma : il a composé la bande originale du film Bal Poussière (Henri Duparc, Côte d’Ivoire, 1988). Dans les années 80, l’influence de la soul, du funk, du rock semble avoir éclipsé celle des rythmes afro-cubains. Bien des mélomanes s’en inquiètent, à l’instar du producteur sénégalais Ibrahim Sylla (mentor de Salif Keita, d’Ismaël Lo, Baba Maal, Alpha Blondy, entre autres) et de l’orchestrateur malien Boncana Maïga.

Flûtiste, Maïga a vécu et étudié à La Havane de 1963 à 1973. Puis il a animé l’orchestre de la RTV d’Abidjan, avec Manu Dibango, et participé à la tournée africaine triomphale des Fania All Stars. Ibrahima Sylla devient le principal producteur de toute la musique ouest-africaine, et Maïga son arrangeur incontournable. C’est leur passion commune, trop longtemps frustrée, pour la musique afro-cubaine, qui donne naissance à Africando.

Le groupe met en valeur un trio vocal 100 % sénégalais : Médoune Diallo, Nicolas Menheim et Pape Seck, qui signe la moitié des compositions. Les deux premiers albums « Trovador » (1993) et « Sabador » (1994) associent les langues mandingue, peul, sérère et wolof aux répertoires cubain (Benny Moré, Noro Morales, Matamoros), mexicain et portoricain, magnifiés par une section de cuivre de la salsa new-yorkaise. Loin de son Mali natal, le maestro travaillait aussi pour ses compatriotes. C’est ainsi qu’il a formé Nahawa Doumbia, Kandia Kouyaté, Ami Koïta, Abdoulaye Diabaté, Kassé Mady Diabaté, Adja Soumano, sans oublier Oumou Sangaré. Dans ce registre, Boncana arrangeait également des Camerounais, des Cap verdiens, des Congolais et il suivait de près des artistes de renom comme Aïcha Koné, Nayanka Bell, Gadji Cely et bien d’autres....

De Gao à Star Parade...

C’est au Mali, dans la ville de Gao, que ce poisson ascendant balance, sensible et prévenant, a vu le jour. Il grandit au Niger entre ses parents, tous les deux d’ethnie sonraï, et suit après un parcours scolaire primaire et secondaire sans vagues, puis une formation de comptable. Déjà, il s’intéresse à la musique mais en dilettante. Quelques années plus tard, Boncana, jeune adulte, obtient avec une dizaine de musiciens maliens une bourse pour apprendre la musique. Nous sommes en 1964 et tous les gouvernements socialistes ont des liens très forts avec Cuba. C’est donc à La Havane, de 1964 à 1973, que Boncana Maïga suit une formation, tout ce qu’il y a de classique : solfège, flûte, guitare... Il acquiert des bases solides en matière de musique et s’envole en 1974 pour la Côte d’ivoire. Pendant 14 ans, il dirige l’Orchestre national de la télévision ivoirienne, qu’il a lui même mis sur pied. Parallèlement, il enseigne la musique au Conservatoire national. En 1988, l’envie d’autres sensations pointe le bout de son nez. Boncana s’envole pour Paris et se lance dans l’arrangement acoustique à tout va... Il travaille pendant 10 ans avec les plus grands noms de la musique : Alpha Blondy, Aïcha Koné, Ray Lema, Africando. Puis arrive l’émission « Star Parade ». Avec Ass Diop et Annie Million, le défi à relever est le suivant : faire le tour des musiques d’Afrique sans favoritisme...

En 2001, ses deux acolytes partis vers d’autres sommets, Boncana se retrouve seul à la présentation de l’émission. Le musicien face aux musiciens... Le concept plaît et lorsque CFI TV ferme... « Star Parade » est la seule émission que rachète TV5. Aujourd’hui « Star Parade » est diffusée sur tout le réseau TV5 et compte des millions d’adeptes à travers le monde. Il en va de la musique comme des autres domaines, il faut se frotter aux autres pour faire jaillir l’étincelle qui est en nous. « Je suis resté en France 17 ans durant où j’ai été au contact des plus grands, confiait-t-il dans l’un de ses entretiens. Je m’y suis franchement amélioré en particulier en tant qu’arrangeur ». Le pays lui manquait et il ne voulait pas quitter le métier sans l’avoir exercé dans sa patrie tout en restant à la disposition de la profession, de par le monde.

Après 40 ans de musique, tout ce que Boncana a appris à Cuba et ailleurs, il pense l’avoir mis au service de la musique africaine pour ne pas dire de la musique malienne. Son esprit, ses doigts ont servi à faire des disques à nombre d’artistes africains, européens et même américains. Depuis 2005, il est installé au Mali où il a ouvert ses bureaux. Son label s’appelle « Maestro Sound Mali », une maison de production audiovisuelle et discographique. Aujourd’hui, son plus grand rêve, c’est d’écrire un concerto africain. Telle est l’ambition de Boncana Maïga, l’un des meilleurs arrangeurs africains ou, du moins, le plus célèbre. Le musicien malien, qui fut l’un des premiers Africains à faire ses études à Cuba dans les années 60, aura appris, en dix ans de conservatoire, à écrire et à lire la musique, à l’époque où l’Afrique était quasiment analphabète en la matière. Une expérience qu’il aimerait mettre au service du continent en mettant la musique africaine sur partition pour une œuvre symphonique. L’ambition est de créer un orchestre symphonique africain, c’est-à-dire mettre en valeur la musique africaine de manière symphonique, comme un concerto de Mozart.

La finalité est de voir les gens venir s’asseoir pour écouter la musique africaine mais sur un tempo qui puisse durer trente à quarante minutes. Une manière d’assurer un développement musical avec des instruments uniquement africains. « Je connais la musique classique et j’aimerais mettre en pratique ce que j’ai appris pendant dix ans, dit-il. Il faut développer la musique africaine pour qu’elle soit écrite et conservée dans un conservatoire pour les prochains siècles et les générations futures ».

El Hadji Massiga FAYE
http://www.lesoleil.sn/article.php3?id_article=58873

Samedi 8 Mai 2010 - 09:24
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Publié par ©++ Dakaronline.net le 16/12/2011 à 10:12 | 0 Commentaire