- Le budget de la mairie de Kaffrine vient d’être voté. En tant que maire de cette ville, quel bilan d’étape, faites-vous ?
Par un merveilleux sortilège de l’histoire, voilà un an et un jour que je suis à la tête de la mairie de Kaffrine. Et ce jour coïncide aussi avec un deuxième passage de Serigne Mouhamadou Lamine Bara Mbacké, khalife général des mourides. Il est venu me voir dans la simplicité. Mais, il y a là tout un symbole. J’allais dire plusieurs symboles. J’aurai l’occasion un jour, après l’en avoir remercié pour cette marque de sympathie, de revenir sur les sens et significations de ce qu’il fait pour Kaffrine et pour moi-même. Cela dit, pour répondre exactement à votre question, Kaffrine bouge, Kaffrine change, se transforme.
Depuis que je suis à la tête de la mairie, en plus de Serigne Mouhamadou Lamine Bara Mbacké, j’ai eu aussi à recevoir le khalife général de Médina-Gounass, des chefs religieux qui sont venus nous bénir. Puisque, nous sommes un peuple de croyants, c’est important de le souligner. Dans ce cadre, je dois avoir un dialogue citoyen avec les populations, les communautés ethnico-linguistiques et culturelles, rivaliser d’initiatives, d’activités. Les sérères, les toucouleurs, les diolas, les catholiques, les musulmans…, chaque groupe y va de ses activités qui contribuent à améliorer la ville. C’est un élément de bilan.
En plus de ma notoriété, de ma popularité que je tire de ma position de porte-parole du Parti socialiste, ces initiatives m’offrent l’occasion à moi et à ses leaders d’opinion d’insister sur la conscientisation des masses, sur la sensibilisation pour une implication citoyenne des populations. Cela entre en droite ligne de l’approche inclusive de participation citoyenne qui a présidé à la mise en place des Ccq (Comités de concertation dans les quartiers) et de cadres de concertation communale. Et nous avons réussi à mobiliser tout le monde pour ensemble attaquer les défis et prendre les décisions qui s’imposent.
Après le débat d’orientation, nous venons de voter notre budget. Après avoir enlevé toutes les ordures, nous en sommes dans une phase d’entretien et de suivi. Et nous sommes en train d’acquérir un petit matériel. Dans quelques mois, avec l’appui du gouvernement, par le biais du ministère des Collectivités locales, d’autres projets, initiatives et actions verront le jour. Et avant la fin du mandat, peut-être bien avant cela, c’est-à-dire, dans un ou deux ans, Kaffrine sera une capitale régionale digne de ce nom, à tous points de vue. Nous essayons d’avoir les meilleurs rapports avec les uns et les autres par le dialogue politique et le dialogue institutionnel.
- Lors du vote du budget de votre mairie, on a constaté que les conseillers de l’Afp ont voté contre. Cela veut-il dire que Bennoo Siggil Senegaal est en train de voler en éclats à Kaffrine ?
C’est un épiphénomène, parce que, aujourd’hui, j’ai plus que le nombre de conseillers qui m’avaient fait confiance, en m’élisant maire. Leur confiance va crescendo et les populations toutes sensibilités confondues, me soutiennent, parce qu’elles se retrouvent à notre démarche. D’ailleurs, j’ai commence depuis hier (Ndlr : l’interview s’est tenue ce mardi 20 avril), une tournée marathon qui me mènera dans tous les quartiers. Pour le reste, c’est une affaire d’aigris, d’envieux et de revanchards qui agissent dans le tard. Comme on dit, les chiens aboient, la caravane passe. Et cette caravane là, elle est bien blindée et bien partie.
- On parle de crise au sein de votre parti. Rien ne va entre Khalifa Sall et Aïssata Tall Sall ont des divergences avec Ousmane Tanor Dieng.
Puisque je ne sais pas lire dans le cerveau des gens ou dans leurs pensées, comme je ne suis pas devin, je ne peux que me contenter des actes et déclarations faites en public ou en privé dans nos délibérations de parti. Jusqu’à preuve du contraire, et le temps est le meilleur juge et le meilleur allié, il n’y a pas de problème, ni de crise, encore moins de divergences politiques entre l’une, l’un ou l’autre dans le parti. Je leur connais des relations de complicité, des relations tellement étroites que je ris en entendant ces supposés problèmes.
Au demeurant, force est de reconnaître qu’il y a problème dans la tête des gens qui veulent que le Ps ait des problèmes et qui ne lui veulent pas du bien. Il s’agit de pêcheurs en eaux troubles qui sont des adversaires et rivaux. Par conséquent, les acteurs de la résistance que nous sommes, si nous voulons convaincre sans contraindre, nous devons rassurer. Nous savons le prix de la résistance, nous savons ce que nous a coûté la division des socio-démocrates dans le passé. Il est encore frais dans nos têtes, le souvenir de divergences surdimensionnées et surmédiatisées après 2000 et avant 2007.
Je voudrais en appeler à l’altruisme sur fond de modestie, à la sérénité dans la réflexion et à la lucidité dans la responsabilité. Qu’est-ce qui se passe et quel est le contexte dans ce qui se passe, se déroule ? D’abord le contexte. Abdoulaye Wade est vieux, il vit une angoisse existentielle. Son parti, après le 22 mars 2009, était en proie à des divisions internes et menacé de voler en lambeaux. Tout de suite, en vieux renard politique, il cherche, en se disant candidat d’unir autour de sa personne, préserver son fils biologique, en même temps qu’il cherche à endormir les autres prétendants rivaux du camp libéral, annonce la refondation du Pds et lance le mouvement Sopi pour toujours.
C’est dans ce contexte que pensant que le tour est joué dans son camp, il a lancé un défi à Bennoo Siggil Senegaal, en nous interrogeant sur notre candidat unique : « Vous n’en avez pas un, mais plusieurs. Bande d’incapables ». Nous avons refusé de tomber dans son piège. C’est dans ce même contexte toujours que Wade a voulu changer de fusil d’épaule, avec le même objectif : diviser. Mais, cette fois-ci, sachant que par haine ou par orgueil mal placé, certains souteneurs de Wade en 2000 ne voudraient pas du bien du Ps et que ce serait un échec pour lui, au cas où Tanor le remplacerait à la tête du pays, Abdoulaye Wade et son régime cherchent à faire des résistants que nous sommes devenus par la suite, des maires de ville très appréciés par l’opinion, à faire de nous des prétextes faciles et fallacieux pour semer encore la division au sein du Ps, espérant que non seulement, cela ferait plaisir au Pds, à l’Alliance Sopi pour toujours, et à certains segments de la société civile et de l’opposition.
Voilà donc, ce qui se passe et le contexte dans lequel il se passe. Ils prendront leur mal en patience. Pour avoir été longtemps ensemble, notre cordon ombilical est la solidité. Il n’y a aucun problème entre moi et Tanor, entre Khalifa Sall et Tanor, entre Aïssata Tall Sall et Tanor. Nous sommes bien ensemble. Le combat continue sur fond de patience et de loyauté.
- Etes-vous toujours optimiste quant à une candidature unique au sein de Bennoo Siggil Senegaal pour l’élection présidentielle de 2012 ?
Nous continuons à vouloir la candidature unique. Mais, si on n’y parvient pas, nous devons aboutir à un consensus programmatique et quelques fondamentaux constitutionnels pour régler la seule contradiction fondamentale. Le reste, c’est une affaire de volonté, de conscience citoyenne et de décret divin. Telle est ma vision. La preuve à Kaffrine, j’ai été sur la liste de Bennoo Siggil Senegaal et j’ai été élu maire sans être soutenu par l’Afp. Ça ne change en rien les idées et le programme que j’applique.
- Que pensez-vous de la position de Moubarack Lô qui se dit favorable à la suppression du second tour à l’élection présidentielle ?
Trop d’intelligence tue l’intelligence. Et l’intelligence devient terre à terre. Je connais Moubarack Lô, grand économiste, mais nul en politique. En tout cas, pour cette fois-ci, il a été nul. Je crois qu’en tant qu’intellectuel, il a suffisamment de ressort, pour ne pas s’entêter dans l’erreur d’appréciation, au risque d’être confondu aux torpilles de Wade.
- Que vous inspire l’annonce faite par le président de la République du retrait des bases militaires françaises au Sénégal ?
Wade est un homme complexé. Il a une contradiction fondamentale avec son destin et sa personnalité. Et malheureusement, l’histoire retiendra que c’est l’homme des rendez-vous et des tournants ratés. C’est comme son fils, le petit Karim qui en Chine, parle de la France et des autres partenaires historiques de l’Afrique, oubliant que le stade Léopold Sédar Senghor a été construit par la Chine, que le président Senghor et le président Mao Tse Toung avaient des relations avancées qui faisaient qu’ils avaient été les initiateurs du Mouvement des non-alignés.
Ce n’est pas par des coups de force qu’on rentre positivement dans l’histoire. Sinon on y entre, on y sort par la petite porte. Certainement que Wade caressait le rêve de pouvoir dire, j’ai chassé des terres africaines, les occupants français. Dommage pour lui, c’est l’homme des tournants et des rendez-vous manqués. Dommage pour lui et Alléluia pour l’histoire, la vie continue.
- Par Mayaram -
http://www.nettali.net/Abdoulaye-Wade-est-l-homme-des.html